jeudi 22 septembre 2011

Il faut sauver le bilinguisme alsacien!

La prétendue expérimentation proposée par la nouvelle Rectrice de l'Académie de Strasbourg d'un «bilinguisme progressif» sur la base de 8 heures d'enseignement en allemand à partir du primaire (et après seulement 3 heures dans certaines maternelles) au lieu du système paritaire 12h/12h proposé dans les écoles publiques, privées et ABCM-Zweisprachigkeit depuis 1992 dès la première année de maternelle, est un affront fait à l'Alsace, aux familles, aux élus et au monde économique.

Les spécialistes du monde entier démontrent combien la précocité et la durée de l'exposition à une autre langue sont déterminantes. Ces deux facteurs conditionnent non seulement l'efficacité de l'apprentissage linguistique mais également sa démocratisation. En effet, tout enfant qui «tombe dans le bain linguistique précoce » peut acquérir aisément une deuxième, puis d'autres langues, quels que soient par ailleurs son «quotient intellectuel» ou la profession de ses parents. C’est ainsi d’ailleurs que TOUS les petits Alsaciens ont appris le français depuis 100 ans!

Ainsi il serait impensable au XXIème siècle de remettre en question les classes bilingues paritaires précoces proposées par l'Education Nationale (généralement sous la pression des parents et d’élus locaux clairvoyants!). Elles ne sont pas négociables à la baisse. Elles constituent un seuil, un minimum vital, en-dessous duquel il ne peut être question de revenir sans dégâts pour les enfants, leur épanouissement et leur intégration future dans la vie culturelle et économique.

En réalité ces 12 heures d'école dans la langue régionale--allemand dialectal et/ou standard, elsasserditsch und hochdeutsch--, sont un minimum, et sont même insuffisantes pour que nos enfants soient réellement bilingues comme l'étaient tout naturellement les générations précédentes. En effet 12 heures pèsent peu dans un environnement familial et social où les enfants n’entendent plus que le français.

Si l'on ne réagit pas, le bilinguisme sera l'apanage des seules classes privilégiées qui pourront mettre leur enfant dans des écoles « internationales » ou « européennes »!

Le modèle réduit, que la nouvelle rectrice veut imposer ne rendra aucun enfant bilingue. D’habitude on expérimente pour progresser alors que, dans cette affaire, le rectorat choisit de régresser. Es wird gepfüscht un dess nemme m'r nitt an!

Cette marche arrière est d'autant plus scandaleuse que seule l’Alsace est visée , alors même que d'autres régions françaises développent depuis longtemps l’immersion complète, en cohérence avec les textes européens : Diwan et Dihun en Bretagne, Ikastola en Pays Basque, « La Bressola » et « Calandreta » pour le catalan et l'occitan mettent en oeuvre des stratégies naturelles vers plus d'immersion pour renforcer réellement la langue régionale(16h, 18h voire l’immersion complète, de l’entrée en maternelle jusqu'au CM2). Leurs effectifs progressent, exprimant l'adhésion grandissante des familles et, au baccalauréat, les résultats des élèves sont encore meilleurs, même en français !

Nos enfants alsaciens auraient-ils moins de droits que ceux des autres régions de France ?

Un double enjeu, politique et économique.

Les instances économiques régionales (CCI, MEDEF, etc…), les organismes franco-allemands dénoncent les conséquences négatives qu’a déjà l’ignorance de l'allemand des jeunes Alsaciens sur le dynamisme économique de toute notre Région . La Suisse et le Bade-Würtemberg voisins offrent une perspective de 22.000 emplois, une chance que nos jeunes – pourtant particulièrement frappés par l'augmentation du chômage – ne pourront saisir que s'ils maîtrisent la langue de l’emploi !

L'Education Nationale ne peut ignorer ces réalités. Elle ne peut pas davantage s'exonérer de ses engagements face aux représentations politiques locales. Les Conventions signées par la Région, les 2 Conseils Généraux 67 et 68 et l'Etat envisageaient le développement de l'enseignement bilingue à travers le développement des sites paritaires. 50 ouvertures étaient prévues annuellement jusqu'en 2013. Pourtant cette année seulement 5 sites ont ouvert dans le Haut-Rhin, 2 dans le Bas-Rhin... ! On est très loin du compte, malgré une contribution financière volontaire de 3M€ par an que les 3 collectivités alsaciennes sont seules à payer!

Comment les présidents de ces 3 collectivités peuvent-ils admettre sans honte la rupture unilatérale de ce contrat par l'Education Nationale et valider le principe d'une expérimentation qui n'était à l'ordre du jour d'aucune assemblée élue, ni de la commission académique des langues qui s’est tenue quelques jours avant l’annonce par la presse ?

Une telle capitulation pose la question de la pertinence d'une refonte des instances politiques régionales. Pourquoi un Conseil d'Alsace unique si c'est pour continuer à s'incliner devant les décisions technocratiques parisiennes? Nous voulons un Conseil d'Alsace qui affirme et porte notre identité. Et qui défende les intérêts des Alsaciens, notamment en matière d'éducation et de culture régionale.

Nous posons publiquement avec André WECKMANN la question : Kenne’n ihr nitt, derfa n’ihr nitt, drojja n’ihr nitt odder welle‘n ihr nitt ?

David Heckel, Denis Lieb, Andrée Munchenbach